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Publier la Science

Edito PLAS 18

Documentaliste et chercheur, un couple qui s'ignore ?

Interview de Magali Damoiseaux [2]  et Danielle Cristofol [2], rédigée par Eric Lichtfouse [3], avec la collaboration de : Isabelle Gras, Sylvie Grésillaud, Joanna Janik, Geneviève Peyres, Cécile Takacs, Jean-Louis Thomin - dialoguist@services.cnrs.fr

Manque de communication, disparition des bibliothécaires, nouvelles attentes de la recherche, mutation des métiers, ignorance des nouveaux outils documentaires par les directions… Tels sont les points saillants qui ressortent de l’atelier Dialogu’IST [1] organisé récemment par le réseau national des professionnels l’information scientifique (Renatis), visant à recenser les enjeux de l’information scientifique et technique (IST). Selon Magali Damoiseaux et Danielle Cristofol, les trois quarts des documentalistes ont dû se reconvertir vers de nouveaux métiers liés à la bibliométrie, la communication, la formation, l’informatique, le web, ou l’édition avec en général peu de moyens. Avec la disponibilité des publications sur internet, de nombreux laboratoires n’ont plus recruté de personnels de l’IST, perdant ainsi le contact local. Certaines disciplines s’en sortent mieux que d’autres, c’est le cas des sciences humaines et sociales où les postes restent abondants en raison d’une politique prioritaire en édition scientifique interne, alors que les sciences physiques et biologiques ont confié la diffusion de leurs travaux aux éditeurs privés. Plus surprenant, le papier n’a pas disparu dans certains domaines, c’est le cas des mathématiques où les chercheurs apprécient toujours les vieux grimoires ! Difficultés à avoir des articles récents ou anciens, il est plus facile de travailler sur une longue durée avec du papier. Il y a donc une hétérogénéité des métiers qui dépend des disciplines et des politiques institutionnelles.

IllustrationEditoPlas18

Les discussions, retours d’expérience au cours des ateliers ont mis en lumière plusieurs initiatives et actions à mener. Pour améliorer la communication entre chercheur et professionnel de l’IST, les directions des laboratoires doivent inciter le travail en collaboration, c’est à dire intégrer les documentalistes à part entière dans les projets de recherche et toute action d’animation. De leur côté les documentalistes doivent sensibiliser de manière active les chercheurs aux nouveaux outils qui permettent d’améliorer la production scientifique et de piloter les unités, la bibliométrie par exemple. Des initiatives locales ont été évoquées, par exemple la conception d’un outil permettant de moissonner facilement les publications d’une unité pour établir des listes et des graphes d’évolution adaptés à chaque utilisation : évaluation du laboratoire, projet de recherche, etc. Quand on sait combien de temps est perdu par les unités à réaliser ces listes, on se demande pourquoi un tel outil n’est pas encore généralisé à tous les laboratoires ! Il y a clairement un besoin de recensement des outils et des initiatives locales pour les partager au plus grand nombre, comme avec la valorisation du dispositif national de formation à distance DoRANum, intégrant différentes ressources d'auto-formation sur la gestion et le partage des données de la recherche.

Les carnets de recherche de OpenEdition ont été également mentionnés comme un outil innovant. Il s’agit de blogs permettant la recherche collaborative en sciences humaines et sociales : pourquoi cet outil n’est-il pas développé dans les autres disciplines ? A côté de la bibliométrie et de l’édition, les documentalistes investissent aussi la formation des masters et doctorants car ‘c’est la base qu’il faut convaincre’. La communication interne et externe, les réseaux sociaux, le droit d’auteur, l’accès libre et les archives ouvertes sont également des domaines où chercheurs et documentalistes peuvent trouver des synergies bénéfiques. Ces nouveaux métiers de l’IST nécessitent des expertises approfondies, c’est pourquoi le terme IST est caduc et quelque peu réducteur car il s’agit bien d’ingénierie des connaissances, bien plus qu’une simple diffusion des informations. Les organismes de formation des ingénieurs en documentation, bibliométrie, communication et édition s’adaptent très rapidement à ces évolutions…

[1] Outils utilisés dans les ateliers Dialogu’IST : Core, Zotero, Limesurvey, Framapad

[2] Respectivement, responsable de communication et professionnelle de l’IST. Centre de physique des particules de Marseille (CPPM). doc@cppm.in2p3.fr

[3] Rédacteur-en-Chef, chercheur. Centre européen de recherche et d’enseignement des géosciences de l’environnement (CEREGE), Aix-en-Provence. Eric.Lichtfouse@inra.fr