En naviguant sur notre site vous acceptez l'installation et l'utilisation des cookies sur votre ordinateur. En savoir +

Menu Logo Réseau Nacre

Réseau NACRe - Réseau National Alimentation Cancer Recherche

Réseau NACRe

Part des cancers attribuables aux facteurs nutritionnels dans la population, part des cancers évitables

Deux approches permettent d'estimer la part des cancers attribuables aux facteurs nutritionnels dans la population, ou la part des cancers évitables par la prévention nutritionnelle. Ces approches, leurs limites et leurs conclusions vous sont présentés ici.

En santé publique, il est important d’évaluer le poids relatif de différents facteurs de risque intervenant dans l’incidence d’une maladie, afin de définir des objectifs de prévention prioritaires.

En pratique, l’impact dans la population d’un facteur de risque nutritionnel, associé au risque de cancer avec un niveau de preuve convaincant ou probable, est mesuré par le calcul de la part (ou fraction) de cancers attribuable à ce facteur. La part attribuable est la proportion de cas attribuables à une exposition sur l’ensemble des cas dans la population, c’est donc aussi la proportion de cas évitables si on supprime l’exposition. Pour un cancer donné, la part attribuable dépendra de la force de l’association entre le cancer et le facteur de risque nutritionnel et de la prévalence de l’exposition au facteur de risque nutritionnel dans la population. Si le risque relatif est faible ou modéré mais associé à une forte proportion de personnes exposées dans la population, la fraction attribuable peut être élevée. Généralement, les parts attribuables à différents facteurs de risque (ou de protection) ne s’additionnent pas, au sein d’une même étude et a fortiori lorsqu’elles proviennent d’études et de populations différentes.

Estimation de la part des cancers attribuables aux facteurs nutritionnels dans la population

Concernant la population française, le Centre International de Recherche contre le Cancer (CIRC) a réalisé une estimation de la part attribuable à quelques facteurs sélectionnés (tabac, alcool, agents infectieux, expositions professionnelles, surpoids/obésité, inactivité physique, traitements hormonaux substitutifs et contraceptifs oraux, rayons ultraviolets, facteurs de la reproduction, polluants) dans l’incidence et la mortalité par cancer en France pour l’année 2000 [1]. Pour les facteurs nutritionnels pris en compte, d’après cette estimation, l’alcool, l’inactivité physique et l’obésité seraient responsables respectivement de 8 %, 2 % et 2 % des nouveaux cas de cancers. Cet exercice présente toutefois plusieurs limites :

  • la liste des facteurs pris en compte n’est pas exhaustive ;
  • la France n’ayant pas de registre national des cancers, les données d’incidence résultent d’une estimation à partir des registres départementaux existants ;
  • les données d’expositions sont des données d’enquêtes INSEE datant des années 1980-1990, avec des imprécisions de mesure importantes ;
  • les risques relatifs servant à calculer les parts attribuables correspondent à des publications des années 2000.

Les estimations pour la France mériteraient donc d’être actualisées à la lumière des relations convaincantes établies depuis la parution de ce rapport (Cf. Conclusions pour la population française des expertises scientifiques collectives).

Concernant d’autres populations, diverses études ont été publiées (pour revue, voir le rapport INCa 2015 « Nutrition et prévention primaire des cancers : actualisation des données »). La plus complète d’entre elles porte sur la population du Royaume-Uni et prend en compte l’incidence des cancers de l’année 2010 et les données d’exposition de l’année 2000. Elle a estimé la fraction des cancers attribuable à plusieurs facteurs nutritionnels : la consommation de boissons alcoolisées (4 %), une faible consommation de fruits et légumes (4,7 %), la consommation de viandes rouges ou transformées (2,7 %), une faible consommation de fibres (1,5 %), la consommation de sel (0,5 %), le surpoids et l’obésité (5,5 %) et une activité physique insuffisante (1 %). Globalement, au Royaume-Uni, la part des cancers attribuable à l’ensemble des facteurs nutritionnels est estimée à près de 20 %, un chiffre comparable à celui du tabac (cf. « Estimation de la fraction des cancers attribuable à des facteurs comportementaux ou environnementaux au Royaume-Uni »).

Estimation de la part des cancers évitables par la prévention nutritionnelle

Une autre approche consiste à estimer la fraction des cancers évitables grâce à une prévention nutritionnelle. A la différence de l’analyse précédente, cette analyse s’appuie sur les données d’exposition récentes. C’est ce qui a été fait par le WCRF et l’AICR pour 4 pays, deux pays développés (USA et Royaume-Uni) et deux pays en voie de développement (Brésil et Chine) [2]. Depuis ce rapport, les estimations actualisées sont publiées sur le site du WCRF [3] (cf. Le rapport de santé publique : « Politiques et actions pour la prévention du cancer »).

Ainsi, actuellement, il est estimé qu’environ 1/3 des cancers les plus communs dans les pays développés et 1/4 dans les pays en voie de développement pourraient être évités par un changement de mode de vie intégrant un régime alimentaire riche en fruits et légumes et en fibres, sans excès de viandes rouges et charcuteries, de sel et sans boissons alcoolisées, en pratiquant une activité physique régulière et en atteignant un poids normal [2, 3] .

Références

[1] International Agency for Research on Cancer. Attributable causes of cancer in France in the year 2000. IARC, 2007. (IARC Working Group Reports, Vol. 3). Disponible sur : <http://www.iarc.fr> (Consulté le 21.05.2015).

[2] World Cancer Research Fund / American Institute for Cancer Research. Policy and Action for Cancer Prevention. Food, Nutrition, and Physical Activity: a Global Perspective. Washington DC: AICR, 2009. Disponible sur : <http://www.dietandcancerreport.org> (Consulté le 21.05.2015).

[3] World Cancer Research Fund. Cancer preventability estimates for diet, nutrition, body fatness, and physical activity. Disponible sur : <http://www.wcrf.org> (Consulté le 21.05.2015).