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AgriBEA-Bien-Etre-Animal

Réseau Agri Bien-Etre Animal

(AgriBEA)

Lettre n°17 - Décembre 2003

Du fait des incertitudes budgétaires de début d'année et du délai nécessaire à l'organisation, les séminaires AgriBEA ont été répartis sur le second semestre 2003. Nous avons ainsi mis en place 4 séminaires entre le mois de Septembre et le mois de décembre. Cette longue lettre rend compte principalement des séminaires " bilan de nos actions 1999-2002, "Génétique de l'adaptation et domestication ", et " Eleveurs et animaux d'élevage ".

Séminaire " Bilan 1999-2002 des actions de recherche du réseau " organisé le 11-12 septembre

Cette réunion s'est tenue sur deux jours consécutifs. Les animateurs et les différents coordinateurs de projets ont résumé les actions de recherches entreprises.

En introduction, un bilan général du réseau a été rappelé par I. Veissier. Ce réseau correspond à une demande sociale comme le rapporte l'enquête d'un des participants du réseau (Ouedraougo, 1997). Le bien-être étant un objet biologique multidimensionnel le réseau réunit des biologistes issus de plusieurs disciplines ainsi que des chercheurs de sciences humaines (sociologues et philosophes essentiellement). Nous souhaitons dans l'avenir élargir ce réseau notamment par la participation de pathologistes, d'économistes… Ce réseau rassemble également des personnes d'instituts techniques, d'écoles vétérinaires et d'universités avec qui des actions de recherches ont été entreprises. Enfin il a aidé à construire 1 réseau européen (COST 486 " Measuring and monitoring farm animal welfare ") et 4 projets européens. Les 3 premières années, le réseau a reçu un financement de l' Inra lui permettant d'engager des actions de recherches. En revanche, le budget alloué la dernière année a été tout juste suffisant à maintenir une animation scientifique.

F. Burgat a fait le bilan de l'animation scientifique qu'elle a organisée dans le domaine des sciences humaines et sociales, sous la forme des séminaires mensuels " animal et animalité " (STEPE, Inra, en collaboration avec R. Larrère) et des séminaires AGRIBEA. Il va de soi que seuls les aspects concernant le lien entre les sciences humaines et le traitement théorique de la question du bien-être des animaux d'élevage ont été mentionnés. Il a été rappelé que le réseau AgriBEA a participé au financement d'un séminaire sur l'animalité qui s'est tenu à Ivry-sur-Seine durant deux ans, accueillant des conférenciers appartenant à diverses disciplines (philosophie, histoire, anthropologie, sociologie du travail, droit, biologie du comportements) , ainsi que des doctorants. Dans un second temps, chacun a essayé de montrer ce que sa discipline pouvait (et ne pouvait pas) apporter aux questions débattues au sein du réseau : un questionnement en amont, quant à ce qui regarde la philosophie; une mise au point sur l'approche de la sociologie concernant la "demande sociale" ; une approche par le travail des hommes en élevage et par le biais de l'émotion que suscite le travail avec les animaux. Un séminaire a réuni philosophes, femme de droit, historienne de l'art qui ont traité respectivement de la question du fondement des sciences du vivant, de la notion de bien-être animal dans la législation française et de la place de l'animal dans la peinture française du XIXème siècle. Un autre séminaire a réuni des philosophes, sociologues et économistes pour débattre de la question de la " Violence et non-violence envers les animaux ". Ces séminaires ont été l'occasion d'une rencontre entre les sciences sociales et humaines d'une part et les sciences biologiques d'autre part qui a été appréciée par tous.

Dans le même contexte, J. Porcher a rappelé l'importance de l'éleveur qui, à son goût, est très souvent exclu du débat sur le bien- être animal. En particulier, le travail de l'éleveur, ses pratiques, son rapport avec l'animal et la souffrance mentale qu'il peut éprouver sont très souvent occultés. Un séminaire " Eleveurs et animaux d'élevage " a été programmé en 2003 et son contenu est rapporté dans cette lettre.

La multiplicité des conceptions et l'ambiguïté du discours sur le bien-être animal ont été exposées par R. Dantzer. Les animaux d'élevage sont décrits comme des créatures sensibles qui éprouvent des émotions et qui forment des représentations du monde environnant, mais aucun effort n'est fait pour étudier ce que sont leurs capacités cognitives et ce qu'ils sont capables de ressentir. Plusieurs définitions et théories sur les émotions ont été passées en revue et en particulier celle qui fait appel à la relation entre cognition et émotions (théorie de Scherer). D'autres théories comme celle de LeDoux font appel à la conscience, l'expérience émotionnelle devenant la conscience de l'activation d'un système cérébral lequel traite les caractéristiques de l'événement à l'origine de l'émotion. Pour Damasio, l'émotion naît des changements relatifs à l'état du corps et de l'état cognitif que provoque une situation déclenchante. Les émotions permettent de réguler la vie de l'organisme et d'en assurer la survie. Les sentiments alertent l'organisme et le préviennent de l'existence du problème que l'émotion a déjà commencé à résoudre. Enfin, d'autres théories comme celle de Zajonc considèrent l'existence d'une indépendance des émotions vis-à-vis de la cognition. La question de la stratégie à mettre en œuvre pour rendre compte du caractère composite de l'expérience émotionnelle a été posée. Plusieurs niveaux de traitements des informations émotionnelles peuvent être considérés en fonction du traitement cognitif. Le traitement de ces différents niveaux intéressent différentes structures cérébrales dont la nature reste à préciser. Les recherches sur les émotions et les capacités cognitives des animaux d'élevage est donc un pré-requis à la quête d'indicateurs du bien-être animal.

P. Orgeur a présenté l'action " Emotions liées aux ruptures sociales ". Les objectifs sont de déterminer le registre des états émotionnels consécutifs à des ruptures de liens maternels et sociaux et de-mesurer les conséquences de ces évènements sur les capacités de l'animal à éprouver des émotions et à s'adapter à des modifications de son environnement. Deux types de situations sont étudiées : la rupture provoquée et souvent précoce du lien mère-jeune par le sevrage et la modification répétée des groupes sociaux lors des réallotements chez plusieurs espèces. Le sevrage précoce (porc) ou l 'absence de maternage (poulet) génère des perturbations immédiates et semble influer sur la réactivité émotionnelle à moyen et/ou long terme (porc, souris, poulet). L'instabilité sociale augmente la fréquence des interactions agonistiques (porc, caille), modifie les réponses comportementales à la nouveauté (porc) et les réponses de l'axe corticotrope (porc, veau). Les conséquences à long terme de ces ruptures de liens sociaux sont à préciser. D'un commun accord avec tous les acteurs, ce projet sera dans l'avenir fusionné avec le projet " Emotions et Cognition ".

A. Boissy a présenté le bilan du projet " Emotions et Cognition ". Face à la diversité et la complexité des situations expérimentales et des paramètres pris en compte pour évaluer la réactivité émotionnelle, une réflexion collective s'est engagée à partir de 1999, pour harmoniser les approches et identifier le répertoire émotionnel des différentes espèces en élevage. L'adoption de la théorie de l'évaluation (Scherer) qui considère que l'émotion naît de l'évaluation de la situation par l'individu a fait l'unanimité des chercheurs. Dès lors, une des originalités de cette action est de pouvoir mener une recherche sur les émotions chez plusieurs espèces en fonction d'une grille, conceptuelle et méthodologique, commune. De plus, cette action a suscité la mise au point de méthodologies nouvelles comme la mesure de la variabilité de la fréquence cardiaque ou la mesure de la concentration salivaire de cortisol et la prise en compte d'items comportementaux nouveaux comme les postures et les vocalisations de l'animal. Une analyse comparative entre espèces d'oiseaux (caille, poulet) et de mammifères (brebis, chèvre, cheval, porc) a été entreprise pour évaluer les effets de la soudaineté et de la nouveauté. Les principaux résultats montrent que la nouveauté et la soudaineté sont perçues différemment par les animaux mais ont des effets synergiques. Des études sur d'autres critères comme la prévisibilité, la correspondance aux attentes sont en cours. Les perspectives de cette action sont nombreuses : la poursuite de la validation du cadre théorique choisi ; l'exploration neurobiologique selon les critères définis ; le développement d'une approche ontogénétique selon les capacités cognitives ; l'application du cadre théorique à des situations chroniques en élevage.

J. Servière a présenté le bilan de l'action " Douleur et pratiques d'élevage ". Trois situations d'élevage ont été identifiées. L'épointage des dents pratiquée chez le porcelet génère d'importantes lésions quelle que soit la méthode employée (coupe à la pince ou meulage) et il est fort vraisemblable que les animaux éprouvent de vives douleurs. La castration pratiquée chez le porcelet dès la seconde semaine d'âge induit une activation marquée de l'axe corticotrope et du système catécholaminergique. Des perturbations comportementales sont également observées (prostration, raideur, isolement, vocalisations). Un traitement antalgique local diminue le nombre, la durée et l'intensité des cris ainsi que l'activité de l'axe corticotrope. La caudectomie induit également des perturbations comportementales et physiologiques (augmentation de cortisol et d'ACTH) et la vaporisation locale d'un produit cryo-actif les réduit. Le gavage du canard mulard déclenche des réponses nerveuses, endocrines et physiologiques, dont la dimension nociceptive ou douloureuse n'a pu être mise en évidence. L'application d'un stimulus nociceptif dans l'œsophage induit une activation de l'axe corticotrope sur plusieurs heures et l'habituation à la contention diminue cette activité. La fréquence d'apparition de l'extravasation en face interne de la peau du cou ou du thorax ventral tend à augmenter au cours de la période de gavage. Cependant une analyse quantitative montre qu'une certaine " adaptation des tissus " permet un retour à la situation initiale en fin de gavage. Cette adaptation nécessite des études complémentaires. La démonstration d'une équivalence entre extravasation, inflammation et nociception doit être complétée par des indices convergents : répartition des neurones où certains gènes précoces sont activés, mesure plasmatique du signal d'inflammation précoce (haptoglobine), évaluation dans le système nerveux de l'activité d'une enzyme associée à une inflammation périphérique (l'indoléamine 2-3 dioxygénase). Enfin, un projet d'études est en cours sur l'acidose, trouble nutritionnel qui induit des dérèglements métaboliques et physiologiques aboutissant à des réactions inflammatoires, responsables d'un état d'inconfort et éventuellement de douleurs d'origine viscérale dont les conséquences comportementales (boiteries, fourbures) et physiologiques sont encore peu évaluées.

Le réseau " Génétique de l'adaptation et du Bien-être " a été présenté par C. Beaumont. Les difficultés spécifiques de la génétique de l'adaptation ont été passées en revue et notamment le choix de la mesure du ou des traits observés et le choix du modèle. Un bilan des actions en cours a été rapporté ; il s'agit d'études intéressant de nombreuses espèces (ovins, bovins, lapins, équins, porcins, espèces avicoles et piscicoles) différents comportements (maternel, alimentaire, social, de peur, de stress, relation avec l'homme) et faisant appel à différentes approches (comparaison de lignées, paramètres génétiques, sélection). Ce bilan a fait l'objet d'un numéro de Productions animales (vol 15, N°5, décembre 2002). En ce qui concerne les volailles, les recherches sont centrées sur la peur et la recherche de QTL est en cours. Pour les ruminants, l'essentiel du programme est focalisé sur les comportements de relation et l'étude de génotypes et de croisements, notamment pour estimer les paramètres génétiques. Des recherches de QTL sont envisagées. Chez les poissons, la plupart des études sont centrées sur la sensibilité au stress et une approche de génomique fonctionnelle est en cours. Chez les porcins, les études sont centrées sur la sensibilité au stress et bénéficient de l'étude de génotypes différant et de croisements. Des recherches de QTL ont déjà abouti. Une approche génétique sur les troubles locomoteurs est en cours d'élaboration. Les projets européens issus du réseau ont été exposés.

I. Veissier a décrit le projet Integration of animal welfare in the food quality chain: from public concern to improved welfare and transparent quality (Acronym Welfare Quality) Les objectifs du projet sont de développer un standard européen pour l'appréciation du bien-être des animaux en ferme, la production d'information sur le bien-être des animaux dont sont issus des produits et la mise en place de pratiques d'élevage respectueuses du bien-être animal. Il inclut des travaux sur les attentes des consommateurs, distributeurs et producteurs ; des mises au pount méthodologiques pour l'appréciation du bien-être des animaux, la recherche de solutions à des problèmes de bien-être. Il est ciblé sur les porcs, les volailles (poulets de chair et poules pondeuses) et les bovins.

A. Prunier a fait part du projet concernant la douleur induite par la castration dans l'élevage porcin. Ce projet avait pour objectif de chercher des solutions pour ne pas avoir à pratiquer la castration ou de l'effectuer en réduisant fortement la douleur ressentie par les animaux. Des approches sociologique (analyse des attentes des consommateurs) et biologique (effets de traitements analgésiques, immunocastration…) étaient proposées. Ce projet n'a pas été retenu mais la majorité des partenaires sont d'accord pour répondre à un nouvel appel d'offre.

P. Mormède a présenté le projet " QualityPorkGENES " qui a pour objectif d'identifier les gènes responsables de la variation de la qualité de la viande chez le porc. Le rôle des équipes du réseau AGRI Bien-être sera de caractériser les variations d'activité de l'axe corticotrope et du système nerveux périphérique en relation avec la réponse comportementale de stress et la qualité de la viande.

P. Prunet a présenté le projet " Stressgenes " qui a pour objectif de rechercher des gènes responsables de la variabilité génétique des réponses de stress chez le poisson. Une démarche de génomique fonctionnelle permettra d'identifier, chez la truite, des gènes dont l'expression est régulée durant l'application d'un stress (confinement, salinité hypoxie, température, exposition à des agents pathogènes). De plus, l'étude de familles sélectionnées pour la réponse à ces différents types de stress permettra l'identification de gènes potentiellement responsables du phénotype sélectionné. P. Prunet a également fait part d'un nouvel appel d'offre européen incluant 10 à 15 partenaires pour une durée de 3 ans. La commission a suggéré de financer une proposition qui émergerait des 3 projets qui sont à l'heure actuelle en cours de réalisation, Bridgemap, Bassmap et Stressgenes. Les scientifiques de l'Inraprendraient en charge cette coordination.

D. Guéméné a présenté le projet concernant les poules pondeuses. Il s'agit de fournir des données scientifiques qui serviront d'appui à la décision de la Commission Européenne relative à la directive sur le logement des poules pondeuses. D. Guéméné est chargé de coordonner les recherches relatives à la physiologie et aux indicateurs de stress.

Les chefs de département P. Chemineau et P. Herpin ont réitéré leur soutien à notre réseau en rappelant les différents enjeux scientifique, social et économique du bien-être animal. Par ailleurs, cette action transversale s'inscrit dans la définition de deux champs thématiques du schéma stratégique du futur département réunissant les départements ENA et Physiologie : " Neurobiologie, comportemens et adaptations " (CT1) et " Conception et évaluation de systèmes biotechniques d'élevage durables " (CT5).

J.M. Elsen, directeur des Productions animales, a conclu ces deux journées en rendant hommage au travail effectué depuis 4 ans et à l'efficacité du réseau. Il souhaite un approfondissement des recherches en sciences sociales pour mieux cerner la demande des éleveurs et des consommateurs. Il demande également que l'approche neurobiologique soit plus développée au sein du réseau. Il regrette la faible participation des scientifiques du département de santé animale. En matière de budget, M. Elsen s'est engagé à soutenir l'animation scientifique mise en place sous la forme de séminaires. Il a enregistré la volonté de R. Dantzer de ne plus faire partie du comité d'organisation du réseau et il a reconduit F. Lévy et I. Veissier dans leur fonction. La participation à ce comité de personnes du département de génétique et/ou du département des Sciences sociales est en cours de réflexion.

Compte-rendu : F. Lévy

Séminaire " Génétique de l'adaptation et domestication " organisé le 3 Novembre 2003

Dans une brève introduction, C. Beaumont, organisatrice de ce séminaire, a rappelé que la domestication était le processus fondateur de la sélection artificielle et, par suite, un élément incontournable de la génétique de l'adaptation. L'étudier permet
  • de préciser l'importance relative, dans les capacités actuelles d'adaptation des animaux, de la domestication et de la sélection artificielle " rationnelle " actuellement menée,

  • de vérifier si cette dernière tient suffisamment compte de ces capacités, notamment au regard des changements en cours dans les pratiques d'élevage,

  • de suggérer au besoin des aménagements et

  • de préciser la démarche à suivre pour les espèces en cours de domestication.

En conséquence, le but de ce séminaire, organisé dans le cadre du projet "génétique de l'adaptation et bien-être" était de faire le point des données théoriques concernant la domestication et de présenter les résultats de différents programmes de recherche menés sur ce thème. La journée a débuté par une revue des conséquences de la domestication sur l'adaptation et la génétique de l'adaptation présentée par Jean-Michel Faure et Pierre Le Neindre (Inra-ENA). La domestication ne concerne qu'un très faible pourcentage des espèces animales, présentant notamment des caractéristiques favorables en matière de comportement social, reproducteur, et de réaction à l'homme. Il s'agit en effet d'un phénomène complexe défini par Price (1984) comme " le processus par lequel une population d'animaux devient adaptée à l'homme et à son environnement de captivité par une combinaison de changements génétiques acquis génération après génération et d'événements induits par l'environnement et répétés à chaque génération ". Certains effets génétiques sont aléatoires, comme ceux résultant de l'augmentation de la consanguinité et de la dérive génétique qui en découle. D'autres consistent en des réponses aux différents types de sélection : sélection déstabilisante (par exemple sur la couleur), relaxation de la sélection naturelle ou encore sélection artificielle (du fait du choix des reproducteurs) dont l'effet sera d'autant plus important que le nouvel environnement de captivité retentit sur les performances des animaux.

Pour mieux comprendre ce processus, il faut étudier les différences entre animaux sauvages et domestiques ou entre animaux domestiques et ceux retournés à la vie sauvage, suivre l'évolution d'une population domestique après l'arrêt du processus ou encore étudier ce qui se passe au niveau des gènes en cause, sous réserve que ceux-ci soient connus. De ces études, il ressort clairement des effets de la domestication sur la morphologie (taille, couleur et forme), les cycles de reproduction et le comportement (sensibilité à la peur, sociabilité, réaction à l'homme..). A l'inverse, les capacités d'adaptation ont une composante génétique, ce qui montre l'intérêt de leur étude génétique et soulève la question de leur prise en compte dans les schémas de sélection.

L'exposé de Per Jensen sur la " théorie de l'allocation de ressources : principes généraux et conséquences de la domestication, en particulier chez la poule et le porc " a permis de présenter cette théorie et les possibilités d'étude ouvertes par la génomique. La domestication vise, comme tout phénomène évolutif, à maximiser le rapport du bénéfice au coût pour l'animal. Si le numérateur est le produit des composantes de fitness, le dénominateur est la somme des ressources nécessaires ; l'optimum de ce rapport va notamment dépendre du niveau de domestication de l'animal et par suite de celui des ressources disponibles. C'est la poule qui a été retenue, par cet auteur, comme modèle d'étude, notamment en raison de la quasi-absence d'effets maternels. Une première comparaison entre poules sauvages (" jungle fowl ") et domestiques a montré de fortes différences de comportement : plus active, la première présente un comportement alimentaire plus actif et davantage de comportement anti-prédateur ainsi qu'une moindre expression de l'immobilité tonique. Une recherche de QTL (quantitative trait loci) a été menée sur 800 animaux d'un croisement de type F2 pour identifier les zones du génome en cause. Elle a notamment montré l'existence de QTL situés sur la même région du chromosome 1 et jouant un rôle important sur le poids vif mais aussi, avec une moindre significativité, différents comportements, le taux de corticoïdes après stress et la qualité du sperme. L'effet de ce ou ces QTL est confirmé par l'étude de la liaison entre des marqueurs voisins et les mêmes performances sur des animaux de type Backcross. Le tout suggère très fortement l'existence d'un gène unique impliqué dans l'ensemble de ces caractères. Comme cette région n'a pas été identifiée dans les autres recherches de QTL menées sur le poids, elle pourrait avoir été fixée au début de la domestication. Un autre QTL intervenant sur la qualité du plumage, mesure indirecte de la résistance au picage a également été observé sur le chromosome 26 près du gène codant pour la coloration blanche dominante. Le tout ouvre la voie à l'étude fine des relations entre caractères de production et d'adaptation et souligne dès à présent l'importance de leurs liaisons et par suite des limites de la sélection sur les seules performances.

L'exposé présenté par A. Fischer (Australie) et A. Boissy (Inra) portait sur la " Domestication et l'adaptation chez les ruminants ". Après avoir souligné que 14 espèces seulement sur les 140 non carnivores terrestres de plus de 40 kilogrammes avaient été domestiquées, les auteurs ont rappelé que les ruminants domestiques présentent de nombreuses caractéristiques expliquant leur domestication : régime herbivore, instinct grégaire, absence de territorialité, adaptabilité, rapidité relative de la croissance, calme, docilité… Parmi les caractères de comportements, deux types d'aptitudes sont à privilégier, notamment dans la perspective d'élevages extensifs :

- les aptitudes maternelles ainsi que la cohésion sociale qui permettent l'adaptation à l'élevage extensif ainsi que

- la faible réactivité à l'homme qui conditionne les possibilités de manipulation.

Si les capacités maternelles diffèrent largement entre races, elles apparaissent modérément héritables : il est donc plus facile de modifier ce type de comportement par l'amélioration de l'environnement que par la génétique. Dans ce dernier cas, l'introduction d'une nouvelle race sera préférable à la sélection. Par contre la réactivité à l'homme apparaît plus héritable et donc plus susceptible d'amélioration par sélection, même si l'effet de l'environnement reste prépondérant. Mais dans les deux cas les interactions entre génotype et conditions d'élevage sont importantes, ce qui montre d'une part l'importance de l'amélioration des conditions d'élevage et d'autre part la nécessité de réaliser des mesures dans les conditions de terrain et ce, même dans le cas de sélection assistée par marqueur. Celle-ci peut être envisagée à terme : si des QTL influençant la réactivité à l'homme ou l'adaptabilité ont déjà été identifiés, dans un protocole comportant 780 animaux issus d'un croisement entre races limousine et jersiaise, il reste à s'assurer que les marqueurs disponibles soient suffisamment proches. Au vu de la théorie d'allocation de ressources, il faut également vérifier que l'amélioration d'une composante d'adaptabilité ne se fasse pas aux dépens des autres, et ce quel que soit le mode de sélection retenu.

Dans leur exposé sur " Génétique de l'adaptation et domestication chez les ovins ", J. Bouix (Inra-GA) et A. Boissy (Inra-ENA) ont souligné l'importance, en particulier dans le contexte actuel d'extensification et de réduction concomitante de la présence de l'homme, d'une meilleure prise en compte en sélection des caractéristiques nécessaires à l'autonomie des animaux :
  • comportement maternel pour assurer la survie et la croissance des jeunes

  • sociabilité pour faciliter l'apprentissage et la gestion des troupeaux,

  • docilité pour permettre les soins et autres manipulations des animaux.

Un important protocole expérimental, portant sur plus de 1300 agneaux issus des races Romanov et Lacaune ou de leurs croisements a donc été mis en place au domaine expérimental de la Fage et ces trois traits de comportement mesurés. Les premières estimations montrent que ces caractères diffèrent largement entre races et sont bien héritables. Ils apparaissent de plus assez indépendants les uns des autres. Les effets d'hétérosis (qui reflètent la supériorité des animaux croisés par rapport à ceux de races pures) paraissent par contre limités. Il faut maintenant préciser les valeurs des paramètres génétiques, en particulier celles des corrélations avec les autres comportements et les performances de production (qui conditionnent les conséquences indirectes d'une éventuelle sélection) et apprécier l'importance des interactions entre génotype et milieu. L'ensemble sera réalisé dans un nouveau protocole qui permettra de plus de réaliser une première recherche de QTL sur ces caractères et dans cette espèce. Dans ce cas aussi, la sélection pourrait être efficace maies elle ne pourra être menée que dans le respect de l'animal, en améliorant conjointement les conditions de milieu et d'élevage.Le dernier exposé, présenté par M. Vandeputte et P. Prunet (Inra -HFS) et intitulé " Génétique de l'adaptation et domestication chez les poissons: état de l'art " portait sur des espèces très particulières en regard de la domestication : tous les poissons sont en effet sauvages ou en cours de domestication (à l'exception toutefois de la carpe). Les auteurs ont insisté sur la nécessaire différence entre domestication (qui implique une adaptation aux conditions de captivité) et acclimatation (qui consiste en des réponses compensatoires des fonctions physiologiques aux changement environnementaux). Si cette dernière n'est qu'une première étape vers la domestication, elle implique déjà de résoudre plusieurs points critiques : élevage des larves, acceptabilité des régimes artificiels, induction de la reproduction… Elle permet également de disposer de premiers éléments pour apprécier les effets potentiels de la domestication, définir les critères d'une éventuelle sélection et les mesures du bien-être. Pour la domestication proprement dite, les poissons présentent des particularités favorables, notamment leur forte fécondité. Celle-ci peut de plus être renforcée par l'usage de fertilisation in vitro, sous réserve toutefois de limiter la consanguinité. Par contre, il existe de très nombreuses espèces de poissons, de surcroît de biologies variées, ce qui multiplie le nombre de questions à résoudre. De plus il est impossible d'identifier les animaux individuellement à la naissance et l'intervalle de génération est assez long. Malgré ces difficultés, il ressort dès à présent des études menées que la domestication modifie le succès reproducteur, le statut social ainsi que les comportements alimentaire et anti-prédateur : ainsi les animaux domestiques prennent-ils davantage de risques vis-à-vis des prédateurs, par exemple en se nourrissant à moindre profondeur. Dans ces espèces aussi, la génétique intervient dans certaines caractéristiques d'adaptation. En particulier, des recherches importantes sont en cours, notamment à l'Inra, pour identifier les gènes impliqués dans la réponse en cortisol au stress. De nombreuses interactions entre génotype et milieu ont là encore été identifiées, vis-à-vis de l'aliment, la qualité et de la température de l'eau ou encore de la densité de population, d'où la question du milieu de sélection :
  • naturel, il garantit le maintien d'une certaine sélection naturelle mais en partie au détriment de l'efficacité et parfois du taux de survie même des animaux,

  • artificiel, il marque le début d'une sélection artificielle et peut réduire l'adaptabilité.

Si l'accumulation des connaissances facilitera ce choix, celui-ci devra aussi intégrer des considérations éthiques.

La discussion générale, animée par P. Mormède a posé la question de la limite entre domestication et sélection artificielle pour la productivité, en particulier pour les espèces en cours de domestication : poissons mais aussi certains gibiers. Elle a également souligné les différences entre adaptation et adaptabilité, notamment au regard d'une éventuelle sélection. Si une adaptation trop poussée peut, comme dans le cas du koala, mener à des animaux trop dépendants de leur environnement, la seconde semble essentielle mais implique notamment de sélectionner les animaux dans différents milieux. Le choix du critère de sélection apparaît également essentiel, tant d'un point de vue opérationnel, pour permettre une mesure sur de grands effectifs, que génétique pour éviter des effets indésirables sur d'autres traits de comportement ou éthique. Toutefois certaines caractéristiques sont toujours souhaitables, même si l'optimum se situe à des niveaux variables. Tel est le cas des aptitudes maternelles ou d'un niveau minimal de peur de l'homme. De plus les négliger ne suffit pas à éviter toute évolution génétique. L'existence de nombreuses interactions entre génotype et milieu implique théoriquement de sélectionner dans différents milieux, ce qui n'est pas sans soulever des problèmes à la fois pratiques et éthiques. Ainsi la sensibilité à la peur dépend-elle beaucoup du milieu. Il faut enfin souligner comme pour toute étude génétique que les résultats dépendent des populations étudiées a fortiori quand on compare des populations sauvages ou domestiques : ainsi la tendance à la peur de l'homme apparaît elle bien plus héritable chez le vison que chez les ruminants, sans doute par ce que la domestication a, en partie au moins, réduit la variabilité de ce caractère.

Répondre à toutes ces questions implique nécessairement une bonne connaissance des stratégies adaptatives des espèces et de leurs composantes génétiques. Mais celle-ci soulève des difficultés particulières. Outre le grand nombre de facteurs (génétiques ou non) en cause, elle se heurte au fait que les QTL observés soient, pour l'instant du moins, de faible importance. Mais, outre leur intérêt biologique, les résultats escomptés permettront de mieux raisonner les méthodes de sélection et l'amélioration du bien-être des animaux.

Compte-rendu : C. Beaumont

Séminaire " Eleveurs et animaux d'élevage ", organisé le 27 novembre 2003

L'objectif de la journée, proposée par Jocelyne Porcher (Inra/CNAM), était de penser la relation entre éleveurs et animaux d'élevage comme un lien spécifique construit par le travail et affecté par ses différentes rationalités : identitaire, relationnelles et économiques, notamment.

" Bien-être animal " et travail en élevage En France, le contexte sociologique et scientifique du développement de la problématique du " bien-être animal " à partir des années 1980 permet de comprendre le caractère conflictuel qu'ont pris les débats aujourd'hui et les faibles avancées constatées, après vingt ans de recherches, du point de vue du traitement des animaux et de la transformation des systèmes d'élevage. La critique sociale complexe des systèmes industriels qui existait au début des années 1980 impliquait à la fois la condition animale, la condition des hommes au travail et la légitimité économique à long terme des processus de rationalisation, d'industrialisation, de l'élevage, i.e. une critique éthique, sociale et économique. Cette critique sociale qui engageait donc de nombreux acteurs a été rapidement transformée en une problématique du " bien-être animal " ne concernant plus que les scientifiques et notamment les biologistes. La question a été centrée sur l'animal ; le volet humain des critiques faites aux systèmes industriels a été écarté. Cette problématique du " bien-être animal " a de plus rapidement évolué vers une problématique de l'adaptation des animaux aux systèmes industriels construite en dehors du travail réel en élevage i.e. sans les éleveurs. On notera qu'aujourd'hui, si le volet humain revient à la lumière, c'est surtout par le biais de la relation entre hommes et animaux et des difficultés de " domestication " que rencontrent les personnes dans le travail ; les animaux manifestent en effet dans les systèmes industriels davantage de peur que de confiance envers les êtres humains. Les recherches conduites sur cette thématique portent sur les compétences de l'éleveur ou du salarié à la relation à l'animal sans que soit prises en compte les contraintes de l'organisation du travail (pénibilité physique du travail, intensification du travail, répression affective, isolement, environnement concurrentiel...). On constate, ainsi que cela s'est passé pour les animaux, un retournement de la question de la souffrance vers celle de l'adaptation des individus aux systèmes industriels. Ce sont les animaux et les hommes qui doivent être adaptés aux systèmes et non l'inverse. Ce dont témoignent ces orientations, c'est à la fois d'une certaine manière de penser le travail et d'une certaine manière de penser l'éthologie sur lesquelles il est nécessaire de s'interroger. Il semble en effet important, pour que la question du bien-être animal puisse rapprocher les gens plutôt que les diviser (les éleveurs des consommateurs, les éleveurs des scientifiques, les transporteurs d'animaux des protecteurs d'animaux...) de construire des intérêts et des questions partagées. C'est pourquoi la question du travail est importante. Parce que c'est le travail qui réunit l'homme et l'animal et qui porte la question du sens de l'élevage, le sens de la relation entre animaux et êtres humains par l'élevage et également le sens d'une science de l'élevage. Tout cela ne tient que parce que les animaux sont engagés dans le travail humain.

" Travailler ", par Pascale Molinier, Psychologue du travail, Laboratoire de Psychologie du Travail, CNAM L'exposé a pour but de définir une série de concepts en psychodynamique du travail : travailler, travail, réel, subjectivité, intelligence rusée, souffrance et défenses . Par le concept du travailler (comme le vivre ou le manger), on insiste sur la dimension subjective du travail, c'est-à-dire sur l'implication des personnes. Le travailler signifie que l'activité se déploie sur deux plans, 1) sur le plan du visible, le résultat du travailler se voit, du moins dans les meilleurs des cas, 2) sur le plan de l'invisible : les efforts mobilisés, l'ingéniosité déployée, les souffrances engendrées par le travail ne se voient pas. La subjectivité est invisible (on y accède par la parole des travailleurs seulement). La définition du travail est dérivée de l'ergonomie, et de la distinction entre " travail prescrit " (ce qu'on doit faire) et travail réel " (ce qu'on fait). Entre le travail prescrit et le travail réel, il existe un décalage irréductible, observable dans toutes les situations de travail, en rapport avec le caractère fondamentalement instable et inattendu du travail. Cet inattendu, c'est ce qu'on appelle le réel du travail, c'est-à-dire ce qui résiste à la maîtrise par les moyens conventionnels. Le réel se donne à connaître fondamentalement sous la forme de l'échec, c'est-à-dire sur le mode affectif.

Pour faire fonctionner une machine, il est nécessaire de faire corps avec elle. Cette " activité subjectivante " est soutenue par des fantasmes vitalistes et anthropomorphiques (on prête une vie et des intentions aux machines). Ce processus de corpspropriation est le fondement subjectif de l'intelligence dans le travail. Cette intelligence est une intelligence du corps, connue autrefois, par les Grecs anciens, sous le nom de la mètis : l'intelligence rusée. La mètis a ceci de scandaleux qu'elle ne respecte pas les catégorisations et les hiérarchies entre les différentes créatures. La mètis est aussi bien l'intelligence des animaux, des esclaves, des hommes, des femmes, des dieux.

Si les travailleurs donnent vie aux machines, il arrive aussi qu'ils chosifient les êtres humains. Le travail de soin confronte les personnels soignants à une forme de souffrance spécifique : la compassion ; celle-ci peut toutefois se transformer en plaisir à condition de pouvoir soulager la souffrance des personnes malades. Que se passe-t-il quand l'organisation du travail fait obstacle à la possibilité de traiter humainement tous les malades ? On a pu identifier, dans certains collectifs soignants, des idéologies défensives de métier qui consistent à opérer un tri entre, d'un côté, les (quelques) patients qui méritent la compassion et seront traités comme des personnes à part entière (ceux qui coopèrent activement et manifestent de la gratitude) ; et de l'autre côté, ceux qui seront traités comme des sous produits de l'espèce humaine, voire des choses, parce qu'ils ralentissent le travail et contribuent à sa pénibilité sans manifester de gratitude : typiquement les déments séniles, qui " n'auraient plus leur tête ", les toxicomanes et les alcooliques qui " n'auraient que ce qu'ils méritent " ou les femmes au lendemain d'une tentative de suicide qui " feraient du cinéma ".

" Elever des animaux et vendre de la viande ", Thierry Schweitzer, Eleveur de porcs, PDG de la société " les fermiers de l'Est "

Avec Thierry Schweitzer, la question du travail a été abordée de manière plus personnelle. Thierry Schweitzer a tout d'abord présenté son exploitation et l'historique de celle-ci depuis qu'il s'est installé sur la ferme parentale alors en production porcine de reproducteurs Large White. En 1996, Thierry, perplexe sur le devenir de cette production, sensible aux critiques sociales faites à l'élevage industriel et désireux d'être créatif et bien dans son métier, prend contact avec la SPA d'Alsace et la Chambre de Consommation d'Alsace (CCA) alors engagées dans une pétition pour une plus grande transparence des activités de la filière viande. Qu'est-ce que voulez ? est la question qu'en substance il leur adresse. Après de nombreuses discussions, en 1998, un cahier des charges est élaboré qui permet à la SPA Alsace et à la CCA de soutenir l'élevage " Thierry Schweitzer ". En 1999, pour commercialiser les produits (grande distribution et petits magasins) la société " Les fermiers de l'Est " est créée. En 2000, deux éleveurs s'engagent dans la démarche avec Thierry. D'autres " conversions " sont actuellement en cours.

Le cahier des charges " Thierry Schweitzer " vise à assurer bien-être des animaux (paille pour tous les animaux i.e. pas de caillebotis, pas de contention des truies, box maternité semi plein air, truies gestantes en groupe, pas de coupe des dents ni de la queue des porcelets, sevrage à 4 semaines, castration sous anesthésie), sécurité alimentaire (pas d'OGM ni d'antibiotiques ni de farines animales dans les aliments) et prix abordable par les consommateurs.

C'est sur les ambiguïtés de son métier qu'il s'arrête ensuite. Première ambiguïté : élever des animaux et vendre de la viande. Ces deux volets d'un même métier sont-ils aisément conciliables ? Ils le sont si on ne mélange pas tout, si on ne confond pas le vivant et le mort. Etre avec des animaux, les nourrir, les soigner, s'occuper des truies qui mettent bas... est la partie " élevage " du travail, que Thierry fait lorsqu'il est " de garde ". Ce métier qu'il aime met en contact avec des animaux, vivants et communicatifs, qui ne sont pas des êtres " devenir viande ". Vendre de la viande, faire du commerce et du marketing est l'autre partie du travail, l'objet du travail n'est alors plus l'animal mais effectivement la viande. Cette partie, que Thierry assume également avec plaisir est évidemment indispensable à la pérennité et à la viabilité de l'exploitation.

Autre ambiguïté, liée à celle qui précède, l'abattage des animaux. Pour Thierry, la mort des animaux fait partie des activités d'élevage. Ce qui est important, c'est la qualité de la vie vécue par l'animal avant la mort. Cette question de la mort, souligne Thierry, est un volet du métier qui met les éleveurs face à leurs responsabilités, au sens de l'élevage et au sens de leur propre vie

Thierry insiste sur un point : celui de la reconnaissance des éleveurs et du travail des éleveurs. Sans reconnaissance dit-il, les éleveurs ne peuvent tendre à faire évoluer leur système de production. La reconnaissance, c'est aussi le statut et les conditions du travail. C'est aussi le revenu lié au travail.

Réactions des porcs aux conditions d'abattage, Claudia Terlouw, Biologiste. Inra SRV

Les réponses comportementales, physiologiques et métaboliques à des facteurs de stress dépendent du patrimoine génétique et des expériences antérieures de l'animal. Ainsi, dans un test, des porcs Duroc approchent et touchent plus souvent l'homme que des porcs Large White. De même, des porcs ayant l'habitude d'avoir des contacts physiques réciproques avec une personne, toucheront d'autres personnes, familières ou non, plus souvent. Les qualités des viandes sont influencées par les réponses au stress avant et pendant l'abattage. Des porcs ayant l'expérience d'une manipulation négative (refus de contact) par une personne utilisent plus de glycogène musculaire si cette même personne est présente pendant l'abattage, suggérant que sa présence constitue un facteur de stress supplémentaire. Des porcs d'un même type génétique issus d'un même élevage abattus ensemble montrent également une forte variabilité dans les qualités des viandes. Une part de cette variabilité est expliquée par des niveaux différents de combat au cours du mélange de porcs de différentes loges d'élevage avant l'abattage. Les animaux agressifs dépensent plus de glycogène musculaire pendant le mélange, entraînant une acidification insuffisante au cours de la transformation du muscle en viande. L'agressivité des porcs pendant le mélange est prévisible à partir de leur agressivité dans un test de compétition alimentaire. Une part de la variabilité dans les qualités des viandes est expliquée par la réactivité à l'homme dans des tests réalisés au cours de l'élevage. Les porcs établissant plus de contacts physiques ou visuels avec l'homme sont moins réactifs aux conditions d'abattage. La réactivité à l'homme et l'agressivité pendant le mélange peut expliquer plus d'un tiers de la variabilité du niveau d'acidité ultime des viandes. Ces données montrent qu'il existe des indicateurs comportementaux précoces, mesurables plusieurs mois avant l'abattage, qui permettent de prévoir partiellement le type de viande que produira l'animal. Leurs effets se situent certainement (agressivité) ou probablement (réactivité à l'homme) au niveau des réactions aux procédés de pré-abattage et d'abattage. Enfin, la réactivité à l'homme dépend du type génétique et peut être modulée par l'entraînement. Toutefois, la réactivité à l'homme mesurée avant l'entraînement a un impact sur les qualités des viandes plus fort que celle obtenue après.

Questions pertinentes et malentendus prometteurs, Vinciane Despret, Philosophe, Ethologue, Université de Liège

Quelque part dans la campagne anglaise, la primatologue Thelma Rowell observe des animaux socialement très organisés. Ces " primates honoraires " devenus si passionnants depuis qu'elle les interroge n'ont cependant pas de liens de parenté avec les primates : ce sont des moutons. Des moutons qui, grâce au patient travail de la scientifique, ont bien changé. Le travail de Thelma Rowell, pourrait-on dire à la suite de Bruno Latour, a donné leur chance aux moutons.

Les observations de la primatologue commencent en général tôt le matin. Elles débutent par le même rituel : la chercheuse apporte à ses 11 moutons les bols du petit déjeuner. Cela lui permet de les observer de près, cela tend aussi à rendre les comportements un peu plus nombreux et un peu plus visibles : il est plus facile de les approcher pendant ce moment. Ce qui est intéressant c'est que Thelma Rowell apporte 12 bols à ses 11 moutons. Il y en a toujours un de trop. Pourquoi ce bol surnuméraire ? On pourrait envisager, et ce ne serait pas faux, que Thelma Rowell a décidé de ne pas mettre ses moutons en compétition. Ce faisant, elle rompt avec une longue habitude dans ce domaine. En effet, pendant longtemps les chercheurs ont, volontairement ou non, enflammé la compétition, en pratiquant cette stratégie du bol de trop peu. La raison en était simple : en enflammant la compétition, les scientifiques pouvaient voir apparaître la réponse à l'une de leurs préoccupations centrales : comment s'organise la hiérarchie. Doit-on alors penser que cette stratégie " généreuse " témoigne d'une nouvelle attitude des chercheurs, que le refus de mettre les animaux en compétition fasse partie d'un nouveau répertoire de questions politiques privilégiées par ces derniers? Les animaux, dès lors, seraient recrutés par les questions politiques qui mobilisent leurs chercheurs.

Or, si La chercheuse veut en effet bel et bien éviter la compétition, c'est pour une raison un peu plus compliquée : Thelma Rowell crée en fait une expérimentation sur les bonnes propositions. Ceci s'annonce dans la manière dont elle a commencé cette recherche avec le mouton. Il y a, s'étonna-t-elle après avoir passé la majeure partie de sa carrière à observer les primates, un véritable " scandale hiérarchique " dans les recherches sur les animaux : nous avons offert de multiples chances aux primates ; nous ignorons pratiquement tout des autres. Bien sûr, nous savons des choses à leur sujet, mais ces choses visiblement n'ont pas grand-chose à voir avec ce que nous savons des singes. Ce qui est intéressant s'esquisse à présent : les rapports entre sciences et politique sont en train de se dessiner tout autrement. Le 12e bol, comme pratique d'expérimentation des bonnes propositions, tout comme la prise de position active contre le scandale hiérarchique, redéfinit les rapports entre les enjeux épistémologiques et les enjeux politiques : leur articulation n'est plus soumise à la critique des rapports entre science et politique. Le 12e bol devient une condition de questions pertinentes, de multiplications des opportunités comportementales correspondant à une multiplication des narrations possibles, et donc l'opportunité d'une plus grande inventivité du chercheur. L'enjeu épistémologique s'articule en fait autrement à l'enjeu politique : il s'agit à présent de chercher les conditions d'une bonne convergence d'intérêts. Le terme " intérêt " lui-même n'est d'ailleurs pas innocent dans cette histoire : il renvoie au geste politique de composition (Latour), d'une part, il renvoie par ailleurs à cette version de l'épistémologie dont nous héritions de William James. La combinaison des deux sens nous donnerait quelque chose comme ceci : rendre un mouton intéressant, l'autoriser à raconter d'autres histoires ne devrait-il pas nous contraindre à engager d'autres rapports avec lui, de nous organiser autrement avec lui ?

Ce dont Thelma Rowell a pris la pleine mesure est au cœur même de ce qui définit la particularité de l'éthologie : c'est une pratique qui transforme ses objets du fait même de les étudier. C'est une pratique de modifications des habitudes et dont on peut juger la valeur à l'aune des modifications proposées. Si l'éthologie est la science des habitudes et des transformations d'habitudes qui s'agencent, et si elle-même inextricablement questions épistémologiques et questions politiques, dans ses perspectives d'avenir, nous devrons lui assigner un rôle qui s'avère de plus en plus impérieux : celui de devenir la science des bons éthos, la recherche des intérêts convergents (n'oublions pas l'étymologie d'intéresser ; interesse : se situer entre) c'est à dire des manières de créer un monde commun intéressant, un monde où les êtres sont susceptibles, de manière à chaque fois inventive, d'intéresser les autres.

Bergers et brebis : un travail de confiance, Michel Meuret (Zootechnicien,Inra -SAD)

Après avoir rappelé la place centrale des bergers, vachers, chevriers...auprès des troupeaux, Michel Meuret a mis l'accent sur le travail du berger/chevrier lié au pâturage des animaux et aux éléments de dialogue entre êtres humains et animaux qui permettent d'atteindre l'objectif du pâturage : que les animaux soient satisfaits, que les bergères et bergers prennent plaisir à cette partie du travail.

L'analyse de ce travail de pâturage fait par le berger est étudié selon une méthodologie précise :
  • enregistrement par le berger de ses actes et de ses raisons ;

  • mesure du comportement spatial du troupeau ;

  • mesure du comportement d'ingestion individuel ;

  • enquête a posteriori auprès du berger.

Les résultats majeurs montrent :
  • que des règles communes empiriques existent relatives à la conduite des troupeaux ;

  • qu'elles sont issues d'auto-apprentissage individuel ;

  • qu'elles privilégient la confiance mutuelle par rapport à l'autorité ;

  • qu'elles permettent de stimuler la motivation alimentaire ;

  • qu'elles donnent corps à la notion théorique de " palabilité relative " des plantes et des milieux.

Le travail du berger consiste donc à organiser un " circuit de pâturage " correspondant à chacun des repas. L'organisation d'un repas consiste à offrir les ressources dans un ordre qui stimule l'appétit du troupeau. En début de circuit, le berger donne le " biais " (une direction) au troupeau. Lorsque le troupeau est lassé de la zone proposée, il revient vers le berger dans l'attente d'un déplacement satisfaisant, cela plusieurs fois de suite. Avec relativement peu de déplacements, le berger peut donc faire pâturer un grand espace.

Le modèle " MENU " permet de comprendre l'organisation du pâturage en fonction de l'abondance relative du milieu et de l'appétibilité relative des plantes. Le berger alterne zones de mise en appétit, zones de modération, zones de relance, zones de plat principal, de plat secondaire et dessert !

Compte-rendu : J. Porcher

Divers

  • Un site web américain a visiter absolument site pour dénoncer les pratiques dangereuses et destructives de l'élevage industriel et promouvoir l'agriculture durable : http://www.themeatrix.com

  • Un ouvrage de D. Broom "Evolution of Morality and Religion", Cambridge University Press vient de paraître.

Le comité de coordination : R. Dantzer, F. Lévy, I. Veissier