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Dernière mise à jour : Mai 2018

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AgriBEA-Bien-Etre-Animal

Réseau Agri Bien-Etre Animal

(AgriBEA)

Lettre n°27 - Juin 2009

Au sommaire : 1. Rencontres «Animal et Société» 2. Réflexion autour de l’enseignement en bien-être animal 3. Agrément du Réseau Mixte Technologique (RMT) bien-être animal et systèmes d’élevage 4. Prochain séminaire AgriBEA 5. Veille législative 6. Conférences de V. Despret «Penser comme un rat» 7. Le bien-être animal à la 31ème «International Ethological Conference» 8. Compte-rendu du séminaire «Construction de l’expertise en bien-être animal» du 04/07/2007 9. Compte rendu du séminaire «L’approche «modèle» dans le domaine du comportement et du bien-être animal» du 20/01/2008

Préambule

C’est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris le décès de Jean-Pierre Signoret le 17 décembre 2008 à l'âge de 79 ans. Connu pour ses travaux pionniers sur le comportement sexuel des mammifères domestiques, il fut à l’origine de la création, en 1969, du laboratoire d’étude du comportement animal de la Station de Physiologie de la Reproduction du Centre Inra de Tours. C'est grâce à son impulsion qu'ont été développées les recherches sur les déterminants hormonaux et sensoriels des comportements sexuel et maternel chez les mammifères domestiques. Il a notamment mis en évidence les signaux mécaniques et olfactifs impliqués dans la régulation du comportement sexuel chez les porcins et les ovins. Dans le même temps, il fut membre du comité national du CNRS de 1975 à 1981 et également directeur de la station de Physiologie de la Reproduction du Centre Inra de Tours de 1984 à 1988. Par ailleurs, dès les années 1970 il avait alerté la direction de l’Inra et les responsables des départements scientifiques d’élevage sur l’importance du bien-être des animaux d’élevage. Il consacra une grande partie de sa carrière à développer une approche scientifique du bien-être animal en montrant, en particulier, le rôle essentiel de l'éleveur. Il ouvrit ainsi la voie de l’analyse du comportement des animaux domestiques à plusieurs générations de chercheurs. De plus, J.P. Signoret fut largement impliqué dans les discussions relevant du bien-être animal avec les administrations et les organisations professionnelles d’élevage, mais aussi à Bruxelles (union européenne), à travers sa nomination au comité consultatif vétérinaire pour le bien-être animal de 1989 à 1995. Il restera pour celles et ceux qui l'ont connu au quotidien un exemple d'intuition et d'enthousiasme scientifiques ainsi que de gentillesse.

1. Rencontres «Animal et Société» organisées à l’initiative du ministère de l’Agriculture et de la Pêche. La suite…

Les rapports des «Rencontres Animal et Société» mises en place par le ministère de la l’Agriculture et de la Pêche sont accessibles sur le site http://www.animal-societe.com/. Suite à ces Rencontres, une commission nationale de suivi a été créée (instance rattachée au Ministère et animée par le Bureau de la protection animale de la DGAl). Elle est présidée par Mr Tuot et y participent, notamment, des représentants de l’Inra, de l’AFSSA et des Instituts Techniques. Par ailleurs, l’Inra a été mandaté par le Ministère pour effectuer une expertise scientifique collective sur la douleur chez l’animal. Pierre Le Neindre (Inra) est l’animateur du groupe d’expertise qui s’est mis en place et qui doit rendre son rapport pour la fin de l’année 2009.

2. Réflexion autour de l’enseignement en bien-être animal

Luc Mounier (ENVL) a été chargé par le bureau du réseau AgriBEA de mettre en place un groupe de réflexion autour d’un référentiel pédagogique sur le bien-être animal dans l’enseignement supérieur. Son objectif est de :
- promouvoir le bien-être animal dans la formation des futurs professionnels de l’élevage et de la santé animale,
- proposer une base de travail aux formateurs / établissements désireux de mettre en place une formation en matière de bien-être animal,
- uniformiser et enrichir l’enseignement du bien-être animal par une meilleure concertation entre les formateurs et une éventuelle diffusion d’un socle commun de matériel pédagogique,
- faciliter la diffusion des connaissances des chercheurs aux formateurs,
- déterminer une connaissance minimale à acquérir sur le bien-être animal pour un étudiant suivant le niveau de formation envisagé.  

Le projet de référentiel se limite à l’enseignement supérieur (ingénieurs, vétérinaires, universitaires). Les réflexions concernant l’enseignement secondaire, les BTS (en particulier lycées agricoles) et la formation continue destinée aux éleveurs et techniciens d’élevage auront lieu au sein du RMT Bien-être et système d’élevage (cf plus bas). Pour élaborer le référentiel, le groupe de réflexion s’appuie sur les établissements qui dispensent déjà un enseignement en bien-être animal. Dans un souci de complémentarité, la démarche du groupe devrait se rapprocher des réflexions engagées par le GDR Éthologie du CNRS autour d’un diplôme d’Université en Ethologie.

3. Agrément du Réseau Mixte Technologique (RMT) bien-être animal et systèmes d’élevage

Le RMT «bien-être animal et systèmes d’élevage» a été agréé par le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche (DGER) en décembre 2008. Il est animé par Luc Mirabito (Institut de l’Elevage) qui est assisté de Laure Bignon (ITAVI). Le réseau AgriBEA et l’Inra sont représentés dans le comité de pilotage du RMT. Dans le cadre de ce réseau un groupe de réflexion sur la sensibilisation, l’information et la formation en matière de bien-être animal, animé par Aude Dubois (Chambre Régionale d’Agriculture Pays de la Loire) est en cours de constitution. Une première réunion plénière du RMT a eu lieu début juin.

4. Prochain séminaire AgriBEA

Le prochain séminaire AgriBEA aura pour thème «Génétique et bien-être animal», il devrait avoir lieu en octobre 2009.

5. Veille législative

Sous l’impulsion de la direction scientifique Animal et Produits Animaux de l’Inra et sous la responsabilité de Diane Lefebvre, en coordination avec le réseau AgriBEA, un site de veille sur la législation et les productions des membres du réseau en matière de bien-être animal est en cours de construction. Il sera rapidement accessible via le site AgriBEA.

6. Conférences de V. Despret «Penser comme un rat»

Vinciane Despret, philosophe et psychologue, est venue présenter dans différents centres Inra une conférence intitulée «Penser comme un rat», largement appréciée par l’ensemble des auditeurs. Pour nourrir sa réflexion, V. Despret avait sollicité les membres du réseau, par l’intermédiaire de R. Larrère, afin d’avoir des articles scientifiques traitant du bien-être animal. Ses réflexions feront l’objet d’un livre édité aux éditions Quae en fin d’année dans la collection «Sciences en question». Un séminaire AgriBEA sera consacré en 2010 à une discussion sur les réflexions qu’ont inspirées à V. Despret les articles transmis par les membres d’AgriBEA.

7. Le bien-être animal à la 31ème «International Ethological Conference»

L’une des journées de la «31st International Ethological Conference» qui se déroulera à Rennes du 19 au 24 août 2009 sera consacrée à l’éthologie appliquée et fondamentale et s’intéressera notamment au bien-être animal. Plusieurs symposium sur ce thème ont été acceptés, les résumés des interventions prévues dans ces symposium sont accessibles sur le site du congrès (http://iec2009.univ-rennes1.fr/Symposia.php). Venez nombreux !

8. Compte-rendu du séminaire «Construction de l’expertise en bien-être animal» du 04/07/2007

L’objectif de ce séminaire organisé par J. Servière était de connaître comment la recherche, la législation et les associations de défense des animaux considèrent l’expertise en bien-être animal.   

L'intervention du sociologue P.B. Joly (Inra/SenS et IFRIS) sur l’expertise scientifique à finalité politique a porté sur les transformations de cette activité, en France et en Europe, au cours des 20 dernières années. [1] La succession de crises et controverses publiques qui ont marqué l’espace politique national et européen dans les années 1990 (sang contaminé, amiante, vache folle, OGM, …) a conduit à une critique de l’expertise dans les arènes publiques. Celle-ci a souvent été prise à partie, considérée comme soumise à des intérêts économiques ou politiques ou comme insuffisamment attentive aux incertitudes et à la limite des connaissances scientifiques.

Afin de restaurer la légitimité de l’expertise, une série de réformes ont été menées. Selon PB Joly ces réformes poursuivent deux objectifs fort différents:
- un objectif de standardisation des procédures et des méthodes de l’expertise : celle-ci procède à la fois de la mise en œuvre de principes généraux (indépendance, compétence, transparence), de la codification des procédures d’expertise (norme AFNOR, codes de bonne conduite, …) et de la définition de protocoles scientifiques et techniques (normes d’étude de toxicologie, …) ;
- un objectif de démocratisation de l’expertise : ouverture de l’expertise aux parties prenantes, formes d’expertise pluraliste, constitution de «forums hybrides»,... 

Ces deux objectifs peuvent être complémentaires et contribuer à la production de connaissances «robustes», à la fois valides (scientifiquement) et légitimes (au plan politique et social). Néanmoins, le risque est fort de s’en tenir à une expertise confinée, et de limiter les interactions avec les différents publics aux fonctions d’information et de communication.

En ce qui concerne le sujet particulier du «bien-être» de l’animal, il apparaissait que cette réflexion doive être reprise et approfondie en concertation avec les collègues sociologues qui disposent d’une expérience antérieure sur les questions des plantes OGM. Une telle question se retrouve également en médecine humaine : par exemple, il convient de distinguer la démonstration du rôle d'une molécule dans un processus cellulaire et la mise en place d'un traitement clinique validé. Ainsi, pour aller vers une plus grande fiabilité, il faut mettre en place un processus contradictoire (modèle de l’examen croisé) et non le modèle trop théorique d’une diffusion linéaire de la science (qui serait considérée comme pure, neutre et par la même susceptible de s'imposer naturellement à tous et partout). C’est ainsi que s’est progressivement élaboré un «idéal de forum hybride» qui inclut la confrontation systématique et la mise en place de procédures d’évaluation de la fiabilité des connaissances mises en commun, ceci en vue d’aboutir à un compromis qui sera nécessairement temporaire.

Les interventions de trois chercheurs Inra ont ensuite constitué des exemples de production de données scientifiques «brutes» à partir desquelles il est possible de fonder une expertise de diagnostic relatif à l’état d’une espèce donnée. Ces trois exemples de travaux menés à l’Inra ont été ceux des veaux de boucherie (I. Veissier, Inra Theix), des interventions (castration …) pratiquées sur les porcs (A. Prunier, Inra Saint Gilles) et du gavage des palmipèdes (D. Guémené, Inra Nouzilly). Les données présentées, souvent très fonctionnelles au sens de la biologie, doivent être mises en perspective avec d’autres données relevant de l’étude des émotions chez l’animal d’élevage. Comme A. Boissy (Inra Theix) l’a ensuite exposé, ces émotions peuvent être approchées par la lecture des manifestations comportementales, ce qui constitue une voie complémentaire d’étude du bien-être pratiquée à l’Inra.  

Par la suite, E. Kérourio, chef du bureau de la protection animale de la DGAL, nous a exposé comment se construit la législation sur le bien-être animal au niveau européen. En particulier il a parlé de la manière dont les accords entre états intègrent les critères du bien-être, de l’intérêt des avis des scientifiques pour éclairer la décision des pouvoirs publics notamment en matière de mise en œuvre de normes, et pour anticiper l’évolution de la réglementation.

Quatre associations de défense des animaux étaient invitées à exprimer leurs attentes face aux recherches en bien-être animal. Seules deux associations, Stop Gavage (rebaptisée depuis L214) et la PMAF ont contribué aux débats. Au-delà du cas du gavage des palmipèdes, A. Comiti, représentant l'association Stop Gavage, a argumenté que les sources de financements, par leur choix de retenir certains thèmes de recherches et d'en ignorer d'autres, influencent les données disponibles et donc le résultat de l'expertise. Il a illustré son discours sur le cas du gavage des palmipèdes. Il a questionné la notion de "contraintes économiques" avancée par des experts pour limiter leurs préconisations à l'amélioration des systèmes de production intensifs existants. Il a affirmé que la consommation de produits animaux n'étant pas une nécessité, cesser de les consommer est une solution efficace pour résoudre les problèmes provoqués par ces productions. G. Zucolo, représentant l’association PMAF, a mis l’accent sur l’importance d’une réorientation des axes de recherche, jugés jusqu’à présent trop impliqués dans une légitimation de pratiques existantes. Posant que l’expertise scientifique en bien-être animal doit être concentrée sur l’objet de la recherche (appréciation du bien-être sensu stricto) et indépendante de toute partie intéressée (en particulier en terme de financement), il a souhaité que les problèmes posés par les conditions actuelles d’élevage puissent être revus et que les recherches soient plus orientées en fonction des véritables attentes de société.

Plusieurs participants ont également fait part de leurs souhaits en matière de développement d’une expertise «bien-être». L’ouverture du groupe AgriBEA à d'autres expressions venues de la société a été globalement jugée positive. La direction scientifique  «Animal et produits animaux» de l’Inra a d’ailleurs manifesté le souhait que s'instaure un dialogue entre l’Inra et les associations de protection animale. Afin de faciliter un suivi du dialogue, la question a été posée de savoir s'il est souhaitable d'avoir un ou plusieurs interlocuteur(s) désigné(s) par ces associations. L’organisation de «conférences citoyennes» a été évoquée, mais semble disproportionnée par rapport aux enjeux et aux moyens dont dispose le réseau AgriBEA. Un forum web chercheurs-citoyens, du type de ceux qui ont déjà pu être mis en place sur d'autres sujets de société, pourrait constituer une alternative plus adaptée. De tels projets doivent être conçus en concertation avec la Direction de l’Inra et l’appui des services communication de l’Inra. 

Quelles que soient les décisions finales, ce séminaire a été l’occasion de montrer qu’un dialogue et une concertation se sont d’ores et déjà engagés entre la recherche et certains des interlocuteurs de la société comme les représentants des associations de protection des animaux. Le réseau souhaite renforcer ce dialogue science-société lors de prochains séminaires, dans des pages web ou d’autres moyens de communication, comme cela a été fait à travers le dossier publié dans le numéro d’Inra magazine de septembre 2007.

9. Compte-rendu du séminaire "l'approche 'modèle' dans le domaine du comportement et du bien-être animal" du 20/01/2008

Les organisateurs de ce séminaire, M.C. Salaün et L. Brossard, ont introduit la journée par un rappel des différentes approches utilisées dans l’expérimentation sur le comportement et/ou du bien-être animal : approche in vivo, in vitro, in situ, in silico. La dernière approche fait référence à l’approche «modèle». Celle-ci peut être abordée sous différents angles, qui ont fait l’objet des interventions de la journée. Les présentations visaient à souligner les principes et le domaine d’application de la méthode à un domaine du comportement ou du bien-être comme cible, ou faisant intervenir le comportement dans la problématique visée.

D. Sauvant (AgroParisTech, Paris) a fait une introduction à l’approche modèle, en soulignant les objectifs, à savoir décrire, diagnostiquer, expliquer les données observées ou rapportées dans la littérature. L’information initiale est souvent qualitative, ce qui peut nécessiter un codage de l’information. Plusieurs niveaux d’organisation peuvent être identifiés, de la neurobiologie au comportement, de l’individu au groupe, avec des échelles de temps variables dans l’acquisition de l’information.

On peut distinguer l’approche cartésienne (parcellisation de l’information, évidence puis sommation) d’une approche systémique avec des relations entre les éléments introduits dans le modèle et des concepts basés sur le principe de la pertinence.L’émergence de l’ingénierie dans le domaine des sciences (compréhension des systèmes : modèles de recherche) aboutit à des modèles d’application avec le contrôle des systèmes.Les débats de société insistent sur la transparence, la simplicité, la contextualisation et la valeur ajoutée pédagogique de la modélisation.Il a été souligné l’existence des travaux sur la modélisation des comportements des insectes sociaux qui constituent un exemple de cette approche modèle appliquée à l’étude des comportements.

P. Grancolas (Muséum d’Histoire Naturelle, Paris) a exposé les principes et les nouvelles avancées sur l’analyse des séquences comportementales, intégrant la succession d’actes d’un individu et/ou les interactions entre individus.
Les séquences sont constituées d’actes de nature très variée, mais pouvant être codés de manière séquentielle, en déterminant leur position relative les uns par rapport aux autres. La définition d’un répertoire comportemental ainsi que de séquences se prête bien à l’analyse lexicale, textuelle et surtout phylogénétique.
Deux approches ont été développées. La première concerne les matrices de transition, les séquences étant réduites à des couples d’actes (combien de fois a suit b ?), avec une analyse associée à des analyses multivariées sur les fréquences des transitions (2 à 2). La seconde approche fait référence à la recherche de motifs communs à différentes séquences, et le recours à un algorithme fin de comparaison, avec la nécessité de polariser les transformations.
La présentation a souligné aussi l’intérêt de l’analyse phylogénétique pour l’étude du comportement, avec la mise en correspondance de sites, liés à la conservation ou le remplacement du nucléotide. Des situations plus complexes peuvent être analysées avec des zones de longueur variable d’une espèce à l’autre. Ceci peut se faire avec la constitution de matrices de distances 2 à 2, la construction d’un arbre guide et d’un alignement (séquences similaires identifiées), version adaptée de la méthode CLUSTAL pour des séquences comportementales. Une méthode d’optimisation directe peut consister à construire un arbre directement à partir des séquences. Le développement actuel est l’analyse du comportement dans un contexte évolutif, avec l’utilisation de ces méthodes d’analyses de séquences.
La discussion a souligné que ces modèles étaient adaptés à des données discrètes, et que la discrétisation n’était pas neutre. Il parait possible de traiter des données temporelles avec ce type d’approche «modèle». 

P. Faverdin (Inra-UMRPL, Saint Gilles) a présenté le modèle par compartiment, en s’attachant à son intérêt et ses limites dans la modélisation des comportements.
La représentation du système est fait par des compartiments, associés à des flux (circulation entre compartiments, variables continues), un centre de décision, des boucles de rétroaction, et des délais. Les éléments pour la construction d’un modèle sont les variables indépendantes (temps, variables externes au modèle), les variables dépendantes (variables d’état -variable qui définit l’état du système-, variables de flux, variables auxiliaires), les paramètres et les équations (différentielles avec intégration analytique ou numérique).
A l’heure actuelle, il existe des logiciels pour renseigner les paramètres.
Les applications au comportement font référence à différents modèles : le modèle psychohydraulique de Lorenz (1950, modélisation de la motivation de l’animal), le modèle de Ludlow (inhibition entre comportements et fatigue dans l’expression du comportement), ou le modèle d’ingestion chez les ruminants (en fonction de la motivation à manger, la satiété, la rumination, …). L’intérêt de ces modèles est de représenter les influences externes et internes sur les comportements, de construire une simulation dynamique et de tester des hypothèses.
A l’inverse les limites de ces modèles concernent des paramètres souvent inaccessibles (ex : état de motivation), des difficultés d’intégration avec la coexistence de phénomènes continus (variables d’état) et discrets (comportements), et la gestion délicate de l’aspect stochastique des comportements.
Au cours de la discussion, il ressort que les modèles de comportement alimentaire modélisent en général les quantités ingérées plutôt que les comportements en tant que tels. L’état des connaissances pour démarrer une modélisation nécessite déjà un modèle théorique. Cette condition force à préciser le modèle conceptuel et/ou mettre en évidence des lacunes de connaissance.

D. Sauvant (AgroParisTech) a illustré l’approche par méta-analyse, dans son principe et ses applications aux études sur l’animal. Cette approche initiée il y a environ 20 ans dans le domaine biomédical, est compatible avec les modèles à compartiments. Les méta-analyses permettent des revues critiques basées sur des études statistiques de publications antérieures. Les limites de cette approche résident dans la prise en compte de données issues d’expérience différentes et dans les biais relatifs au choix des travaux pris en compte dans la synthèse bibliographique. L'analyse est construite à partir d’un tableau de données qui peut avoir des «trous», avec un dispositif de données ni équilibré ni orthogonal, et avec une variation importante entre les essais et au sein des essais pris en compte. Les données sont qualitatives ou quantitatives, continues ou discrètes/catégorielles.

Les étapes de la méta-analyse suivent une démarche heuristique avec
- la définition des objectifs,
- la conception de la base de données,
- la recherche de l’information et son codage (publications, expériences par type d’objectifs, discrétisation de variables continues, repérage d’un facteur qualitatif comme par exemple les modalités d’un facteur, ou le repérage d’une caractéristique majeure),
- le filtrage des données : pour définir un cahier des charges de l’étude (seuil minimal d’entrée des données) et permettre la comparaison aux données déjà existantes dans la base,
- l’examen graphique des données, avec une représentation des variables 2 à 2, en particulier pour décrire les relations intra vs inter-expériences, mais aussi pour l’étude des facteurs interférents et le repérage des aberrations,
- la connaissance du meta-design, en se posant les questions suivantes : où a été fait l’effort de recherche ? peut-on combiner des champs de données ? est-ce que certaines observations ont un effet plus important ?
- la définition du modèle statistique, celui de la variance-covariance étant le plus souvent utilisé,- prendre en compte la pondération des traitements et des expériences,- analyser la structure des résidus pour évaluer des effets de levier de certains traitements.
Au cours de la discussion, D. Sauvant a insisté sur l’étape de la description et de la sélection des données. Les données d’entrée de la bibliographie concernent la moyenne des critères choisis mais aussi la variabilité qui pourra être utilisée pour pondérer l’importance des critères. Il a souligné aussi le problème de la compatibilité informationnelle, comme par exemple la notation différente d’un comportement dans différentes publications. 

M. Sanaa (Ecole Nationale Vétérinaire Maison Alfort) a développé l’analyse de risque dans ses principes et son application au dossier du bien-être animal. Cette approche a été adoptée dans les groupes de travail européens de l’EFSA pour la rédaction des rapports relatifs au bien-être depuis 2006 (rapport sur le bien-être des veaux). Les scientifiques impliqués dans ces groupes identifient les risques d’atteinte au bien-être, la gestion des risques étant du ressort de la commission.
Ce type d’approche appliquée au dossier du bien-être a nécessité une adaptation des outils de l’analyse de risque classiquement utilisés dans le domaine de l’épidémiologie (Welfare assessment methodology, M. Sanaa & T. Nunes).
Les étapes de l’analyse de risque sont :
- l’identification des risques (facteurs influençant le bien-être animal),
- l’estimation de la sévérité et de la durée du risque à partir des données de la littérature. La qualité des données est évaluée à dire d’experts,
- l’estimation de la probabilité de l’apparition du risque (fréquence d’exposition).
Le croisement entre la probabilité d’apparition d’un évènement (ex. restriction alimentaire), sa sévérité et la durée de cet évènement constituant l’analyse de risque. Les problèmes rencontrés dans ce type d’analyse concernent la variabilité des données disponibles (souvent éparses), l’incertitude sur les estimations avec un degré de confiance des experts dans leurs évaluations souvent faible. Une des limites de la méthode réside dans l’utilisation de l’opinion d’expert avec une difficulté à obtenir un consensus entre les experts qui devrait être corrigée par des méta-analyses.
Au cours de la discussion, il est évoqué la possibilité de recourir à des représentations possibilistes au lieu de représentations probabilistes de l’incertitude. Il est également souligné l’absence de prise en compte des interactions entre facteurs, qui interviennent souvent dans la réponse de l’animal. 

P. Perny (Université Paris VI) a fait une introduction aux outils d’agrégation multicritères, en faisant référence à l’importance des modèles formels dans l’aide à la décision.
Le principe des modèles d’aide à la décision est
- d’expliciter ce qui est pris en compte dans une décision,
- de faciliter la communication entre les acteurs d’une décision,
- de prêter le flan à la critique et de susciter les améliorations,- d’étudier les propriétés mathématiques des méthodes de traitement de l’information,
- de faciliter l’automatisation des procédures et l’explication des décisions (via un logiciel).
Les travaux menés avec cette approche conduisent à la modélisation de problèmes réels (définition d’alternatives…), la représentation des préférences, la conception de procédures de décision.
L’agrégation multicritères inclut un ensemble d’alternatives (objets, candidats…) et des fonctions critères. Les différents problèmes rencontrés sont le choix de la meilleure alternative, le rangement par ordre de préférence décroissante, et l’affectation des alternatives à des catégories prédéfinies.
Deux approches peuvent être suivies : agréger puis comparer (AC), mais avec la difficulté de calculer un indicateur unique ; ou comparer avant d’agréger (CA), dans ce cas les objets sont d’abord comparés dimension par dimension, étape suivie d’un bilan de préférence.
P. Perny a souligné quelques règles simples pour l’agrégation relatives à la dominance de Pareto, la procédure lexicographique, la somme pondérée et les alternatives (utilités non additives, intégrale de Choquet, agrégation dans plusieurs dimensions). 

B. Dumont (Inra-URH, Theix) a présenté une application de l’approche modèle à partir d’une étude de simulation du comportement de pâture chez le mouton.
L’exploitation de l’herbe au pâturage dépend de l’offre (herbe), de sa structure, des capacités comportementales, des interactions entre animaux. Aussi le choix du modèle utilisé, de type multi-agent comparativement aux modèles mathématiques de l’ingestion et de recherche alimentaire ou de l’approche « individu-centré », permet de prendre en compte le volet spatial, les facteurs sociaux et une connaissance partiel de l’environnement par l’animal.
Dans les modèles multi agents, un agent est actif et autonome, agit en fonction de son état interne, agit en fonction de ce qu’il perçoit de son environnement, intègre un comportement social, est influencé par et influence le comportement des autres agents.
La démarche est en trois étapes : la représentation du système dans un simulateur, la calibration des paramètres du modèle et l’expérimentation informatique avec une extrapolation à de nouvelles situations.
Dans la modélisation de l’exploration et l’ingestion de bols d’aliments concentrés dans une parcelle, le modèle reproduit l’activité alimentaire, le nombre de bols exploités, etc. L’expérimentation réalisée in silico a fait varier la taille de la parcelle et le degré d’attraction sociale entre les animaux sur la recherche et l’ingestion alimentaires. Il apparaît un effet marqué dans le cas d’une parcelle intermédiaire (160 x 160 m) et l’attraction sociale freine l’apprentissage de la distribution spatiale des aliments.
Au cours de la discussion, il ressort l’importance dans cette approche d’un aller retour entre la modélisation et l’expérimentation. 

J.N. Gardeur (UR AFPA, Nancy) a présenté le travail réalisé sur la modélisation de l’hétérogénéité de poids dans les populations d’élevage chez le poisson. L’hétérogénéité est un problème récurrent en aquaculture avec comme causes principales l’efficacité alimentaire et l’impact de la hiérarchie sociale dans les groupes. La modélisation de l’efficacité alimentaire fait appel à un modèle par compartiments, tenant compte de la courbe de croissance, de la température et de la photopériode. La modélisation des interactions sociales se base sur une boucle de rétroaction entre la taille du groupe et l’expression des interactions sociales.
Le travail de modélisation sur l’hétérogénéité part des hypothèses qu’il existe des phases de combat et de nourrissage, que le niveau d’ingestion est fonction du poids des animaux, et que les relations sociales peuvent induire une inhibition de l’ingéré. Le modèle de croissance est de type individu centré, tandis que pour les combats le modèle est de type multi-agents. Le modèle de croissance n’explique pas complètement l’hétérogénéité, en particulier il ne prédit pas d’évolution des rangs de poids alors que des inversions de rangs sont observées. Dans le modèle multi-agent, la mémoire des combats permet d’expliquer des désordres de rangs de poids et la part aléatoire du déterminisme des combats. La taille serait plus une conséquence des relations sociales qu’une cause de celles-ci. La modélisation des combats intègre une modélisation de facteurs de stress dus aux relations sociales et des stress occasionnés par la démarche expérimentale (observations, mesures).
Au cours de la discussion, la question de la prise en compte de l’intensité des combats a été soulevée. Ceci n’est pas pris en compte actuellement dans le modèle. Il a été souligné aussi le danger à sur-paramétrer le modèle, ce qui pourrait affaiblir sa robustesse. 

L. Brossard (Inra-UMR SENAH, Saint Gilles) a illustré laprise en compte avec une approche modèle du bien-être animal, associée à l’évaluation des systèmes d’élevage chez le porc (collaboration avec l’Université de Newcastle et de Wageningen). Ce travail s’inscrit dans un programme européen « QPORKChains » visant à améliorer la qualité du porc et ses produits pour le consommateur. Un des volets du programme concerne le développement d’un modèle, dont l’objectif est une évaluation de l’impact de modifications dans les systèmes d’élevage sur la dimension bien-être appréhendée au regard des 4 acteurs concernés : l’animal (performance, bien-être), l’éleveur (coûts/revenus, point de vue sur le bien-être) le consommateur (lien entre bien-être et produit) et le citoyen (acceptabilité du produit via l’acte d’achat, de lobbying). Le modèle utilisé de type multi-agents intègre les connaissances existantes ou émergeantes et les points de vue sur le bien-être du porc. Un modèle est développé par acteur et intégré dans un modèle intégratif plus général associant les 4 acteurs.
Il reste la question du passage de la prise en compte du comportement des animaux pour caractériser la relation entre l’animal et son environnement (logement, pratiques des éleveurs) dans les éléments du modèle, à l’intégration du bien-être dans le modèle. 

Discussion générale
La question d’un raisonnement circulaire dans l’approche «modèle», en faisant par exemple l’hypothèse que la mémoire intervient, et on observe in silico qu’elle intervient bien, peut se poser. Néanmoins le résultat va au-delà en soulignant des interactions entre facteurs. L’approche «modèle» permet d’intégrer des connaissances diverses et donc de faire émerger des propriétés difficiles à imaginer au départ (à la fois pour le modèle mécaniste ou d’évaluation). Elle permet d’intégrer les interrelations de l’approche systémique. Des modèles peuvent également permettre d’expliquer des choses compliquées à l’aide de règles simples, comme cela a été fait dans l’étude du comportement des insectes sociaux. Avec l’existence de seuils de déclenchement dans l’expression des comportements, les propriétés émergentes des modèles devraient permettre de rendre compte de l’apparition ou non d’un comportement, en particulier lorsqu’il y a des changements d’échelle. Il est important de valider les modèles utilisés, en testant leur robustesse, leur sensibilité et en prêtant attention à la sur-paramétrisation des modèles mécanistes.

[1] La présentation s’appuie sur différentes publications de PB Joly, notamment :
Joly, P. B. (2007). "Scientific expertise in public arenas - Lessons from the French experience." Journal of Risk Research 10(7): 905-924.