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Observatoire de Recherche en Environnement Petits Fleuves Côtiers

ORE PFC

CHANGEMENTS CLIMATIQUES, SYSTEMES AGRICOLES, RESSOURCES NATURELLES ET DEVELOPPEMENT TERRITORIAL

Coordination Scientifique : Philippe Merot (UMR SAS INRA Rennes), Philippe Desnos (TRAME-Frgeda) et Jean-Pierre Arrondeau (IAV)

Problématique et objectifs scientifiques du projet  
La question du changement climatique se trouve  au cœur du débat de société (voir le grenelle de l’environnement), au cœur des politiques de recherches environnementales en particulier européennes, et au cœur de l’incertitude sur les orientations à venir dans le développement territorial.
Dans l’Ouest de la France, la question de l’interaction entre changement climatique et développement territorial a été longtemps occultée par l’évolution très forte de l’agriculture et ses conséquences actuelles sur les ressources en sol, en eau, en biodiversité et en paysage. 
Cela a amené des équipes du Grand Ouest à développer des recherches visant à évaluer l’impact de l’agriculture sur l’environnement, connaitre les temps de réponse aux changements et à mettre au point et proposer différents outils et méthodes pour limiter la pression polluante, diminuer l’impact, restaurer l’état des ressources en eau, en sol et en biodiversité. Alors que toutes les réflexions et actions ont été menées dans un cadre où le climat était considéré comme une condition au limite du système - condition stable et dont la variabilité était assez bien définie -, la question du changement climatique a surgi, transformant une condition aux limites en « driving force » :
La question que nous nous posons aujourd’hui dans le cadre de ce projet est la suivante : En quoi, comment, pourquoi le changement climatique va-il modifier l’impact de l’agriculture sur les ressources naturelles ? Comment cela va-t-il s’inscrire spatialement au sein du territoire ? Il s’agit donc 

  • de s’interroger sur et de caractériser la réalité du changement climatique dans le grand ouest à la fois en termes de tendance mais aussi d’extrêmes climatiques, de variabilité et de répartition spatiale.
  • d’identifier et de caractériser les réponses actuelles des acteurs agricoles à la perception qu’ils ont de ce changement climatique, en le resituant par rapport à d’autres contraintes,
  • de mesurer les changements observés sur les ressources en eau, en sol, en biodiversité, d’analyser et de modéliser l’influence sur ces ressources du changement climatique et des changements de pratiques agricoles associés,
  • de confronter les différentes perceptions du changement climatique et de ses conséquences en termes de développement territorial qu’ont d’une part les chercheurs, d’autre part 2 types d’acteurs aux prises avec cette gestion spatiale des ressources que sont d’une part les agriculteurs et leurs structures professionnelles et d’autre part les nouveaux gestionnaires de l’eau.

Ce projet s’inscrit clairement dans le thème 3 de l’appel d’offre PSDR-GO  sur la gestion de l’environnement par les acteurs territoriaux.  Dans ce cadre, il nous a paru innovant de situer notre projet par rapport à ces 2 catégories d’acteurs en charge du développement territorial, que sont les agriculteurs et les nouveaux gestionnaires de l’eau. Si le rôle des agriculteurs dans la gestion de l’espace rural est évident,  il nous semble nécessaire de préciser ce qu’on entend par les nouveaux gestionnaires de l’eau: l’émergence de la question de l’eau a conduit à une évolution de ses modes de gestion, sous la pression notamment des scientifiques, des écologistes, et des politiques européennes, avec le passage d’une gestion « fluxiale » à une gestion spatiale (Narcy, 2004). Les 2 grandes nouveautés ont été d’une part la montée en puissance de la gestion par bassin versant, et d’autre part mise en place de la Directive Cadre Européenne sur l’Eau. Ces 2 événements ont profondément bouleversé les pratiques, avec la création de structures totalement disjointes des structures traditionnelles de gestion territoriale (communes, canton, département…) et avec la prise en compte de critères écologiques concernant la qualité des rivières. Ces nouvelles structures de gestion (SAGE, Etablissement Public Territorial de Bassin, syndicat de bassin, bassin d’intervention…) sont directement confrontées à la modification de la ressource en eau, au risque hydrologique, aux nouveaux usages liés aux changements climatiques, puisque c’est à ces structures que revient le rôle de prospective. Le Grand Ouest et en particulier la Bretagne ont été des précurseurs dans ce mode d’organisation de la gestion de l’eau avec le Plan Bretagne Eau Pure, organisé au départ en Bassin versant « d’expérimentation » et de « démonstration », jusqu’à aujourd’hui avec la nouvelle politique territoriale de l'eau dont les programmes principaux sont Bretagne eau pure (Bep) et Prolittoral. Dans ces bassins, l’articulation entre gestion de la ressource en eau, gestion territoriale et impact anthropique a été au cœur de la question. La rationalisation de l’observation, la formation et l’information, la création de nouveaux outils de diagnostic et d’évaluation et la mise en place de nouvelles pratiques, ont été un des volets essentiels de cette gestion.

Ainsi, ces 2 catégories d’acteurs sont amenées à construire une nouvelle pratique de gestion territoriale (en intégrant les différentes ressources naturelles) et à les confronter. A titre d’exemples, la prise en compte par l’IAV de la gestion des niveaux d’eau dans les prairies extensives des marais de Redon associant  un objectif natura 2000 et une activité agricole, dans un contexte de proximité à la mer, et qui va bien au -delà de la mission initiale de protection des inondations d’un service hydraulique, ou inversement, l’intégration par les agriculteurs du rôle des zones humides dans le maintien de la qualité des eaux qui va bien au-delà de la  simple gestion d’une prairie humide. Et pour ces 2 catégories d’acteurs, l’émergence de la question climatique vient modifier l’approche de ces questions voire en poser de nouvelles, comme nous l’avons constaté lors de la phase préparatoire de CLIMASTER.  Il reste cependant une forte hétérogénéité, en particulier au niveau interrégional dans cette prise de conscience qu’il sera en soi intéressant d’analyser.

Bien que la question de l’impact des changements climatiques ne soit pas spécifique au grand ouest, sa spécificité interrégionale provient d’un certain nombre des caractéristiques partagées : 1) Le caractère côtier de la façade atlantique - qui concerne les 4 régions de ce projet - induit des contraintes environnementales (parmi d’autres) supplémentaires. On peut citer la nécessaire diminution des flux d’azote à des niveaux très bas, correspondant à des concentrations divisées par 2 à 3 par rapport aux concentrations actuelles dans le Yar pour éliminer les développements d’ulves sur le littoral, ou le contrôle des eaux marines par le barrage d’Arzal, sur la Vilaine, vis-à-vis duquel se pose explicitement la question de l’élévation du niveau de la mer et de la fréquence des tempêtes ; 2) des ressources naturelles intensément exploitées ou impactées et de ce fait sensibles aux modifications du contexte climatique, 3) la présence de structures de paysages « fortes », espaces semi-naturels, corridors écologiques et systèmes tampons comme les réseaux de haies, ou les zones humides de différentes natures, 4) une sensibilité des populations de régions du GO à la question environnementale variable, mais qui se marque à la fois par une forte activité associative et l’importance de conflits d’usages (zone humides, littoral, ressources en eau…) ; 5)  une montée en puissance des exigences environnementales  vis-à-vis de la production agricole,  6) une force de frappe scientifique importante sur les problématiques environnementales en milieu agricole à forte composante agricole... 
On attend par ailleurs du travail collectif entre les acteurs et chercheurs des 4 régions un éclairage réciproque, du fait de cette perception de la question environnementale contrastée, d’une avancée différente sur les modalités de gestion, et de la diversité des systèmes de production.

Les avancées attendues sur le développement régional et interrégional correspondent directement aux objectifs du programme :

  • une meilleure connaissance de la nature des changements climatiques passés et prévisibles et de leur répartition spatiale (notamment en terme côtier / intérieur des terres, qui est une question importante de ce développement)
  • des éléments d’évaluation de la prise en compte du changement climatique dans les pratiques relayées par différents réseaux d’agriculteurs des différentes régions
  • une estimation de la nature et de l’ampleur des changements sur les ressources en eau (quantité et qualité) en fonction de la localisation, et prenant en compte le rôle de la  structure du  paysage, et des méthodologies pour aborder la question de la biodiversité
  • un approfondissement des conséquences de l’émergence  des nouveaux modes de gestion spatiale de l’eau confronté aux nouveaux enjeux de l’agriculture,
  • un renforcement des échanges entre équipes de recherche du grand ouest et une structuration des collaborations dans le domaine environnemental (partage de sites, de modèles…)

Ainsi, nous nous proposons de développer collectivement un projet portant sur les interactions entre le changement climatique et le développement territorial, pour permettre aux acteurs régionaux une anticipation raisonnée des évolutions à venir et des conséquences en termes  de pratiques relatives aux activités agricoles et à la gestion spatiale de l’eau. Il s’agit de se donner des outils partagés d’observation sur le long terme, et d’analyse des pratiques, ainsi que une vision commune sur l’impact des changements.