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Observatoire de Recherche en Environnement Petits Fleuves Côtiers

ORE PFC

Comprendre le déterminisme du caractère saumon de printemps pour orienter les mesures de protection en Bretagne

Coordination : Etienne Prévost,UMR ECOBIOP, INRA / UPPA, St Pée sur Nivelle - Didier Azam, U3E INRA Rennes

1. Nature de l'opération
Suivi longitudinal et individuel de l'histoire de vie de saumons, du stade tacon de l'année au stade adulte, pour mettre en évidence les facteurs influençant lors de la phase juvéniles en eau douce la dichotomie saumon de printemps / castillons observée au stade adulte.
2. Localisation et cartographie
Lieu :  Bassin du Scorff
Département : Morbihan
3. Le contexte
Bio-écologie du saumon en Bretagne
Le Saumon atlantique est un poisson migrateur amphihalin. Il naît en eau douce, où il séjourne 1 à 2 ans, avant de passer en mer pour entreprendre une migration océanique de grande amplitude (certains individus vont jusqu'au Groenland), puis de revenir dans sa rivière natale pour se reproduire. La reconnaissance quasi-infaillible de leur rivière d'origine par les adultes fait qu'à chaque bassin hydrographique correspond (au moins) une population isolée, fonctionnant "en circuit fermé" et que l'on appelle aussi un stock.
Sur le plan national, la Bretagne est la région de France où le patrimoine des rivières à Saumon s'est globalement maintenu depuis un siècle et demi. Cette situation contraste fortement avec les autres régions françaises, puisque sur la même période l'espèce a cessé de fréquenter la majorité des grands fleuves de notre pays. A l'heure actuelle, le saumon est présent dans plus de 20 fleuves côtiers bretons. Il est exploité presque exclusivement par pêche à la ligne et la Bretagne représente entre les 2/3 et les 3/4 du total national des captures à l'aide de cette technique.
Lors de leur retour en rivière, les saumons adultes sont composés de deux classes d’âge de mer : les castillons, qui ont passé un seul hiver en mer (notés 1HM) et les saumons de printemps, qui ont passé deux hivers en mer (notés 2HM). Les 1HM rejoignent les eaux douces préférentiellement entre le début du mois de juin et la fin juillet, alors que les saumons 2HM retournent en eau douce entre le début du mois de mars et la fin du mois de mai. Les 2HM ont un gabarit moyen (70-80 cm, 3-5kg) bien supérieur à celui des 1HM (55-70 cm, 2-3 kg). Les 2HM sont essentiellement des femelles (80%) alors que le rapport des sexes est plus équilibré chez les 1HM. Du fait de leur plus grande taille, les femelles 2HM pondent pratiquement 2 fois plus d'œufs (par individu) que les femelles 1HM. Actuellement, la composante 2HM est très minoritaire dans les retours d'adultes (environ 15%), résultat d'une raréfaction en cours depuis le début des années 70.

Les saumons de printemps au cœur des enjeux de la gestion
Chez le saumon, le renouvellement des générations, et donc la conservation à long terme des populations, dépend avant tout du nombre d'œufs pondus par les femelles lors de la reproduction. La fraction 2HM des populations est donc particulièrement précieuse de ce point de vue. Les pêcheurs recherchent préférentiellement les saumons 2HM en raison de leur plus grande taille. Les 2HM sont donc à la confluence d'intérêts, pour partie contradictoires, de la part des gestionnaires – dont l’objectif est la conservation du patrimoine sur le moyen/long terme (plusieurs décennies) – et des utilisateurs que sont les pêcheurs - dont l’objectif est d’optimiser leurs captures.
La dichotomie 1HM / 2HM est une variation de l'âge à la première reproduction. Le rapport de force entre les deux composantes dépend du nombre descendants produits par femelle de chacun des deux types. Plus le nombre de descendants par femelle pour un type est grand, plus il aura tendance à augmenter en proportion dans une population. Ainsi, toute sur-mortalité appliquée à un des deux types d'adultes tend à pousser les populations vers la production préférentielle de l'autre type. C'est dans cet esprit que des mesures assez strictes de limitation des prélèvements par pêche des 2HM ont été prises en Bretagne, pour éviter une sur-exploitation différentielle des ces derniers par rapport aux 1HM. D'autres mesures réglementaires pourraient être prises plus en amont (protection de zones accueillant et produisant préférentiellement des saumons de printemps par exemple), mais elles doivent s'appuyer sur des connaissances plus solides du déterminisme de l'âge à la reproduction chez le saumon. Le présent projet vise à faire progresser significativement la base scientifique à partir de laquelle les mesures actuelles de protection de saumons de printemps pourront être revisitées.